Interview Femmes de Bretagne

Shing Wyee Jolivel, fondatrice de l'entreprise Sino Qua Non à Landerneau (29) : "L'entrepreneuriat est le libre choix de prendre une décision, de créer, de mettre en place."Une interview menée par la Plume Virginie Le Gall, experte en blogging chez Mamezell' en Finistère et blogueuse pour Mamezell' fait son reuz

 
Les interviews de Femmes de Bretagne sont décidément l'occasion de rencontres merveilleuses. J'ai eu le grand plaisir de rencontrer Shing Wyee, la fondatrice de l'entreprise Sino Qua Non à Landerneau, une femme qui a traversé le monde pour accomplir ses rêves. Portrait d'une entrepreneure riche de sa double culture, de ses voyages et de ses fortes expériences, tout en restant humble et profondément humaine...

En quoi consiste ton activité ?

Sino Qua Non est inspiré du latin Sinequanon avec un jeu de mot sur "Sino", en référence à la Chine.

Sino Qua Non propose un service export "plug & play" prêt à l'emploi, par lequel j'accompagne les PME à l'export, notamment vers l'Asie.
Commerciale export de formation et de métier depuis plus de 14 ans, je propose toutes mes compétences linguistiques et commerciales sous forme de services à la carte : traduction de plaquettes, de sites internet ; accompagnement aux salons ; prospection commerciale ; études de marché ; formation interculturelle ; conseils et stratégie ; recrutement de talents bilingues.
Je m'adapte également aux entreprises de proximité en leur proposant un nouveau service : je me déplace au sein de l'entreprise pour mettre en place un service export quadrilingue "plug & play".
Tu parles anglais, chinois, allemand et français... Comment en es-tu venue à maîtriser ces 4 langues ?

Étant singapourienne, j'ai eu la chance de pratiquer dès mon enfance deux langues : l'anglais et le chinois. Puis j'ai appris "sur le tas", en travaillant, en cherchant à m'intégrer au mieux dans la société. Ce fut le cas d'abord en Allemagne, puis en France. La seule volonté ne suffisant pas, j'ai aussi beaucoup travaillé. Après une dure journée de travail à plein temps, malgré la fatigue, chaque soir je m'attelais à des exercices de langues pour m'améliorer toujours et encore.

Quel chemin as-tu suivi pour travailler dans des entreprises internationales ?

J'ai obtenu un MBA en commerce international en Allemagne, dans une promotion de 33  étudiants venants de 23 pays différents. Là, j'ai tout de suite su que je voulais travailler à l'international. Je suis "tombée dans la soupe", comme Obélix. Et depuis 12 ans environ, cette volonté reste intacte. Tout naturellement, c'est dans cet esprit que j'ai tracé mon parcours professionnel, dans les multinationales d'abord, puis dans les PME. Finalement, c'est en 2015 que j'ai créé ma propre structure.


Quel a été ton déclic pour créer ton entreprise une fois installée en Bretagne ?

Je ne savais pas au départ que j'avais le profil pour entreprendre. Le déclic est venu quand je constaté que je devais créer mon entreprise si je voulais continuer à faire ce qui me passionne : l'export. Certes, des entreprises recrutent, mais le grand export est parfois très compliqué pour les PME qui n'ont pas les mêmes structures que les MNCs. J'ai donc eu envie de proposer mes propres offres pour répondre à ce besoin.
Peut-on dire que la Chine constitue "un Eldorado" pour les entreprises françaises ? Dans quels secteurs se trouvent les opportunités de marché ?

Il faut voir la Chine comme un continent et ne pas sous-estimer ce marché. La Chine a tellement accompli en 30 ans, passant du seuil de pauvreté de PIB 190 USD par habitant en 1980, à plus de 8000 USD par habitant en 2015. C'est une prouesse : du jamais vu. Il y a des secteurs qui sont plus porteurs que d'autres pour les français : l'automobile, énergie renouvelable, innovations et l'agroalimentaire.

Ainsi, il y a du potentiel à explorer, mais des différences culturelles sont à prendre en compte. Pour ces raisons, j'ai vu beaucoup de relations commerciales naissantes tourner en échec. La Chine peut devenir un Eldorado, à condition que l'on s'y prépare en amont et que l'on se donne le temps nécessaire pour travailler ce marché : pour trouver des bons partenaires (les "guanxi") ; réaliser l'étude, la prospection, les salons etc. C'est une combinaison de facteurs et surtout de patience.
Pour toi, c'est quoi l'entrepreneuriat ?

"Pour entreprendre, il faut les pieds sur terre, la tête en l'air, et les mains dans le cambouis." Je partage complètement ce dicton.


Parallèlement à ton activité, tu es mère de deux petites filles. Comment parviens-tu à concilier vie privée et vie professionnelle ?

Au début je ne faisais pas de distinction entre vie privée et vie professionnelle, je ne comptais pas mes heures. Il m'arrivait de chercher ma fille à l'école avec du retard ou de brûler les casseroles car j'avais des emails importants à traiter. Puis, ma mère (qui est une femme très sage) m'a recadrée et elle m'a demandé : "Ma fille, pourquoi as-tu choisi d'entreprendre ? Dis-moi honnêtement : pourquoi et surtout pour qui ?" Les questions fondamentales ! Je réalisais un vérité un marathon pour atteindre mes objectifs et réussir à force de mérite. Mais j'avais tort. Car l'entrepreneuriat est justement le libre choix de prendre une décision, de créer, de mettre en place. Chacun entreprend pour des raisons différentes, cependant on doit pouvoir revenir à la source, pour ne pas être esclave de notre entreprise.